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Le niveau d'ozone dans l'agglomération creilloise - lettre au Préfet de l'Oise

Le dimanche 2 septembre 2001

Le 31 août 2001

Objet : projet d'incinérateur géant de Villers-Saint-Paul et pics d'ozone

Monsieur le Préfet,

Les capteurs placés dans le complexe sportif de Nogent-sur-Oise, au cœur de l'agglomération creilloise, par l'ATMO-Picardie, ont régulièrement enregistré depuis le mois de juin des dépassements du seuil de vigilance (130μg/m3), ainsi que du seuil d'alerte (180 μg/m3) pour la pollution atmosphérique par l'ozone. Le dernier épisode critique date de la période très récente du 22 au 26 août.

Nous nous inquiétons des effets de cette pollution sur la santé des habitants, alertés par les risques sanitaires décrits par la DRIRE sur son site internet, sous l'autorité du préfet de région.

Lisons ensemble les explications du Plan Régional pour la Qualité de l'Air en Picardie, concernant les effets de l'ozone (O3) sur la santé humaine...

« L'ozone est considéré comme l'indicateur majeur de la pollution photochimique. Il se caractérise par sa facilité de pénétration jusqu'aux voies respiratoires les plus fines.

Effets sanitaires à court terme de l'ozone : Les effets de l'ozone se font rapidement ressentir lors d'efforts physiques : essoufflement, altération de la mécanique respiratoire, toux, douleur lors de l'inspiration, irritation des voies aériennes supérieures. Des irritations oculaires peuvent également survenir. L'exposition à l'ozone accroît la sensibilité des bronches aux allergènes et aux autres composés irritants. Les asthmatiques constituent une population sensible, l'ozone pouvant exacerber leur réactivité aux allergènes et aggraver la manifestation clinique de l'asthme.

Son haut pouvoir oxydant lui permet d'induire des réactions inflammatoires dont l'importance varie en fonction de la concentration en O3 dans l'air inhalé. Des études in vitro ont démontré que l'ADN était une molécule cible de l'ozone, lui conférant de fait un pouvoir cancérigène qui reste néanmoins à étayer par des études épidémiologiques.

Parmi les études disponibles, l'étude ERPURS a mis en évidence les corrélations existant, à court terme, entre l'augmentation des niveaux moyens journaliers d'ozone et la mortalité totale qui augmentait de manière faible mais néanmoins de façon significative. Cette étude a montré qu'une augmentation de 100µg/m3 de la concentration en ozone (8 heures) entraîne une augmentation de 6,7% des admissions hospitalières chez les personnes de 15 à 64 ans et de + 8,7% chez les plus de 65 ans. Il a pu être constaté, également, une recrudescence des consultations pour affections oculaires de + 21% pour une telle augmentation de la teneur en O3.

L'ozone accroît significativement l'inflammation nasale. Cette exposition entraîne également une augmentation de la réponse bronchique à l'allergène chez les patients asthmatiques et chez les patients atteints de rhinite allergique.

Effets sanitaires à long terme : Les effets à long terme ne sont pas tous clairement identifiés. Toutefois, la communauté scientifique avance l'hypothèse que ce composé puisse engendrer des bronchites chroniques, emphysèmes, cancers bronchiques, asthme, allergies respiratoires. Ces hypothèses doivent être confirmées par des observations épidémiologiques. De plus, l'ozone sensibilise les voies respiratoires, rendant le terrain plus favorable pour des agressions virales, bactériennes ou polliniques (…).Globalement, il existe de multiples manifestations sanitaires possibles pouvant être induites par des augmentations de teneurs ou par des teneurs moyennes importantes. »

Votre refus de la mise en place d'un plan de protection de l'atmosphère dans le bassin creillois

Sans tenir compte des risques sanitaires évoqués par les services du préfet de Picardie, vous nous avez adressé un courrier daté du 25 juillet nous informant de votre refus de mettre en place un plan de protection de l'atmosphère dans le bassin creillois, au motif que les valeurs moyennes relevées sur l'année 2000 ne dépassent pas (encore) les plafonds fixés par décret.

Nous déplorons cette approche à très court terme, qui ignore la prévention des pollutions atmosphériques et l'amélioration à long terme de la santé publique. Pourquoi donc faut-il toujours que les seuils soient dépassés, que s'ensuivent des hospitalisations et des morts, pour que des décisions soient prises… trop tard ?

Ce n'est pourtant pas l'objectif suivi par le préfet de région, qui présente différemment le Plan Régional pour la Qualité de l'Air, sur le site internet de la DRIRE :

« Permettre à chacun de respirer un air qui ne nuise pas à sa santé constitue l'objectif majeur de la loi sur l'air du 30 décembre 1996. Pour parvenir à cet objectif, des actions doivent être conduites pour prévenir, surveiller, réduire ou supprimer les pollutions atmosphériques et ainsi préserver la qualité de l'air. Dans ce cadre, le Plan Régional pour la Qualité de l'Air (PRQA) constitue l'outil régional de planification, d'information et de concertation, permettant la mise en œuvre de cette politique. Il doit définir les principales orientations devant permettre l'amélioration de la qualité de l'air en région. »

En contradiction totale avec les objectifs définis par le préfet de région, vous envisagez de lancer une enquête publique pour la construction d'un incinérateur géant dans le bassin creillois. Cette installation va incinérer chaque année 160 000 tonnes de déchets. Parmi les très nombreux polluants qui seront émis dans l'atmosphère 24h/24 et 365 jours/365, nous trouvons des quantités très importantes de dioxyde d'azote, gaz précurseur de l'ozone par réaction photochimique.

Alors que les services du préfet de région alertent la population picarde sur les risques d'une exposition continue à l'ozone, alors que les pics de pollution à l'ozone s'intensifient avec l'augmentation du trafic routier, nous ne comprenons pas que vous vous obstiniez à lancer une enquête publique visant à autoriser la construction d'un incinérateur géant dans le bassin creillois.

Afin que ne soit pas prise à la légère la décision de sacrifier pour au minimum les 20 prochaines années la santé des habitants de l'agglomération creilloise, nous demandons que soit réalisée, préalablement au lancement de toute enquête publique liée au projet d'incinérateur géant de Villers-Saint-Paul, l'étude approfondie de la principale alternative non polluante à l'incinération, le tri industriel, par ailleurs moins coûteuse pour les contribuables et bien davantage créatrice d'emplois.

Je vous prie d'accepter, Monsieur le Préfet, mes salutations les meilleures.

Le Président d'Alerte aux déchets

Frédéric Schwindenhamer


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